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La culture du coton : pourquoi est-elle si polluante ?

2,5% des surfaces cultivées mondiales utilisent 25% des pesticides vendus au monde. Comment est-ce possible ? C’est parce qu’ils sont nécessaires au 30 traitements pratiqués sur le coton. Un dramatique constat qui fait du coton la culture la plus polluante de la planète.

Pourquoi la culture du coton est-elle la plus traitée au monde ?

Botanique

La plante, le cotonnier (Gossypium) est une espèce de la famille des Malvaceae. Il peut mesurer jusqu’à dix mètres de haut à l’état naturel, en culture on limite sa taille à un ou deux mètres de façon à en faciliter la récolte. Le cotonnier pousse dans les régions tropicales et subtropicales arides. Il vit environ une dizaine d’années à l’état sauvage, alors qu’il est généralement exploité sous la forme de plante annuelle lorsqu’il est cultivé.

À la floraison apparaissent de grandes fleurs blanches ou jaunes à cinq pétales. Ensuite des capsules aux parois épaisses et rigides se développent. Lorsqu’elles s’ouvrent, elles laissent s’échapper des graines et des bourres de coton recouvertes d’une houppe de fibres blanchâtres et soyeuses pouvant mesurer entre 2 cm et 5 cm de long selon les variétés.

La culture du coton nécessite beaucoup de temps, beaucoup de soleil et un total de 120 jours arrosés pour assurer sa croissance puis un temps sec en fin de cycle végétatif. Ces conditions climatiques se rencontrent généralement sous les latitudes tropicales et subtropicales.

Pour pallier aux écarts annuel de précipitation, et à la distribution aléatoire géographique de celle-ci les exploitants ont recours à l’irrigation. Ainsi plus de 40 % des surfaces cultivées sont irriguées.

Le coton est le troisième consommateur d’eau d’irrigation de la planète. Il faut environ 2700 litres d’eau pour produire un chandail de coton, alors que 900 litres sont utilisées pour 1 kilo de maïs et 1300 litres pour un kilo de blé. Plus de 50% du coton cultivé dans le monde est irrigué. Soulignons que l’eau est une ressource de plus en plus rare, tout en étant essentielle à la production alimentaire de très nombreux pays.

Les grands pays producteurs

Depuis plus de cinq mille ans, on cultive le coton dans le sous-continent indien. Le climat chaud et humide s’y prête. En 1947, date de son indépendance la république de l’Inde relance son industrie textile, aux colorants naturels se substituent les bains chimiques, sources de pollution.

Une grande partie du territoire Africain est dédié à la culture du coton. On en trouve au nord, à l’est et au sud du continent. L’alternance entre climat humide et sec est primordiale. Or, dans la savane africaine, où le coton pousse le mieux, le climat est caractérisé par une saison humide ainsi qu’une saison sèche pouvant varier de 4 à 8 mois. Les sols africains sont sur-enrichis à l’aide d’engrais chimiques et participent ainsi fortement à leur épuisement, à la pollution des cours d’eau et des nappes phréatiques. Dans les zones à faible pluviométrie, le coton doit être irrigué. C’est le cas d’une grande partie des superficies cultivées en Égypte et de la totalité de celles du Maroc.

Aux États-Unis pour lutter contre les parasites du coton, les cultivateurs ont longtemps utilisé des produits contenant de l’arsenic, ce qui a contribué à la pollution des sols.

En 2006, Le Brésil autorise la culture de coton OGM comme la plupart des grands pays producteurs : Chine, États-Unis, Australie et Inde. Celle-ci représenterait un quart des surfaces mondiale cultivées.

En Afrique, à l’exception de la République sud-africaine, aucun pays ne produit aujourd’hui de coton à partir de variétés génétiquement modifiées. En Inde les surfaces cultivées de coton transgénique représentent plus des deux tiers des surfaces cultivées en coton soit plus de six millions d’hectares.

Propriétés, traitements et utilisation

Propriétés :

Le coton est la première fibre textile consommée au monde.

Les fibres de coton ont un bon pouvoir absorbant, 8,5% de leur poids en eau. C’est pour cette raison que le coton est majoritairement employé dans le linge de bain. Son pouvoir isolant est moyen. Un tissu 100% coton brûle rapidement. Il laisse des cendres grises, légères et friables.

Traitements :

Nettoyage

C’est La première opération réalisée sur les fibres de coton. C’est une opération purement physique.

Encollage

Une fois nettoyés, puis filés, les fils sont plongés dans un bain à base d’amidon, de résines synthétiques ou de produits gras, en vue de les protéger du frottement lors du tissage.

Blanchiment

Les solutions alcalines faiblement concentrées n’altèrent pas les fibres de coton, ce qui permet le blanchissage. La capacité de la soude à modifier le coton est utilisée dans la mercerisation (rend les fils de coton brillants). La soude avec le disulfure de carbone dissout la cellulose pour produire de la viscose. Le chlore brûle lentement la fibre de coton. En solution très diluée il est employé dans le blanchissement des fibres.

Désencollage

C’est la dernière opération avant teinture, qui consiste à débarrasser le tissu, par voie chimique, des produits utilisés pour l’encollage.

Teintures

Les teintures :

Les constituants chimiques de certaines d’entre elles peuvent provoquer des allergies. Les métaux lourds (chrome), parfois utilisés en teinture comme produits de mordançage (ainsi nommés car ils permettent à la couleur de « mordre » la fibre), peuvent également provoquer des allergies. Certains colorants azoïques peuvent par ailleurs libérer des amines aromatiques cancérigènes. Ils sont interdits en Allemagne depuis 1996, mais certains sont encore autorisés en France.

La formaldéhyde des résines :

De très nombreux vêtements, notamment en coton et en rayonne, contiennent du formaldéhyde, pour rendre les vêtements infroissables. C’est un allergène bien connu, mais il peut avoir d’autres effets négatifs : irritations, saignements de nez, maux de tête, nausées, pertes de mémoire.

Les apprêts

Le mercerisage, l’apprêt d’infroissabilité, l’azurage optique qui renforce l’impression de blanc immaculé, l’antifeutrage, l’antitache, l’imperméabilisation, les traitements antimicrobiens sont quelques uns des différents apprêts utilisés sur la fibre de coton.

Utilisation :

Le coton est utilisé pour tisser des étoffes très différentes suivant la taille et la torsion des fils employés et d’autre part de leur mode de tissage.

Le coton est utilisé pour faire des fils mats ou brillants, c’est la mercerisation.

Le jersey de coton est employé dans la fabrication de nombreux articles de sous-vêtements, pour les t-shirts, les pulls, etc. Pour l’homme, la femme et l’enfant, c’est la bonneterie. Beaucoup de dentelles et de tulles sont en coton.

La passementerie utilise le coton dans la fabrication des ganses, tresses, galons et franges.

Beaucoup de tissus sont également élaboré à base de coton en voici quelques exemples :

  • taffetas (toile à l’aspect craquant)
  • tissu éponge (serviettes de bain, gants de toilette)
  • jeans (ou denim)
  • basin (ou bazin)
  • chintz (toile teinte ou imprimée d’aspect brillant et glacé)
  • mousseline (toile très fine et transparente au tombé fluide dû au fait qu’elle est réalisée à partir de fils très retordus)
  • madras (étoffe de coton et soie à carreaux)

Le coton équitable et biologique

coton bio equitable

L’association Max Havelaar lance en avril 2005 le premier coton équitable. La certification de Max Havelaar concerne la production du coton, pas des vêtements. C’est donc le premier stade de la filière qui est labellisé, alors que des vêtements en coton équitable et éthiques à toutes les étapes de leur fabrication étaient proposés par le fabricant Switcher dès 1981.

Cette avancée est primordiale car avec le coton bio, les risques d’allergies sont moindres. C’est encore plus vrai pour les jeunes enfants et les bébés. Le développement de la production certifié bio est donc indispensable pour protéger les producteurs de coton et leur famille, l’environnement et la population en générale.

Dans les pays d’Afrique de l’Ouest (Mali, Sénégal, Cameroun, Burkina Faso), où la culture du coton bio sans OGM se développe, les petits producteurs utilisent des pesticides naturels comme des pièges à phéromones ou des décoctions de feuille de Neem et de la fumure en guise d’engrais.

L’absence de tous produits chimiques rend ce coton plus agréable et plus sain pour la peau. Il devient antiallergène et évite de nombreuses maladies chez les producteurs et leurs proches tel des malformations chez les nouveaux-nés et une augmentation du taux de cancers.

L’homme n’est pas le seul bénéficiaire de ce type de culture, l’environnement aussi y trouve son compte. La terre est respectée et n’est pas épuisée par la culture intensive liée aux pesticides ou aux OGM. Mieux elle s’enrichit grâce à la présence d’insectes bénéfiques dans la terre. L’absence de produits chimiques rend cette culture inoffensive pour les espèces environnantes. La faune sauvage non ciblée théoriquement (abeilles, oiseaux) est directement atteinte par les insecticides, tandis que les insectes visés développent des mécanismes de résistance. L’absence de semences OGM préserve la bio-diversité traditionnelles du coton.

En ce qui concerne les traitements par teinture lorsque la démarche de certification bio est respectée les normes européennes les plus strictes sont engagées : aucune utilisation de métaux lourds ni d’azoïde. Le blanc est obtenu par eau oxygénée et non au chlore comme dans l’industrie traditionnelle. Des travaux de recherche pour l’introduction de teinture végétale font l’objet d’attention toute particulière chez certaines marques, notamment IDEO.

Pour l’entretien de vêtements ou linge en coton bio l’emploi de lessives écologiques est indispensable.